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Mythe ou réalité : En obtient-on pour notre argent en santé?

Dans les médias, plusieurs articles parlent de dépenses trop élevées du gouvernement du Québec en santé et des coupes dans ce secteur. En même temps, plusieurs personnes ont le sentiment que les soins et les services se dégradent au fil des années, qu’ils répondent de moins en moins bien à leurs besoins et qu’ils sont moins efficaces. Ces impressions sont-elles avérées? 

Dans la réalité, elles doivent être nuancées. Pour analyser ces enjeux, le CSBE s’est d’abord questionné sur la viabilité du système de santé, soit sa capacité à gérer les ressources (personnel de santé, bâtiments, équipements et argent investi…) de façon à offrir des soins et des services qui répondent aux besoins présents et futurs de la population. 

Ensuite, le CSBE s’est penché sur l’efficience du système. Celle-ci représente sa capacité à optimiser les services offerts et les résultats obtenus pour la population selon l’argent disponible. 


Les données et les informations présentées dans la plateforme Grands repères montrent que la viabilité du système de santé est fragile et à surveiller. L’efficience, quant à elle, montre des forces comme des points à améliorer.  Approfondissons ces enjeux en nous posant les deux grandes questions suivantes. 

Le système de santé est-il capable de répondre aux besoins de la population?

Des pressions croissantes sur le système de santé limiteraient sa capacité à offrir la même quantité de soins et de services par personne qu’actuellement et à répondre aux besoins de la population. Notons :

  • Une hausse des dépenses en santé;
  • Des contraintes dans le budget;
  • La pénurie de main-d’œuvre;
  • Un manque de disponibilité de lits à l’hôpital et pour les soins de longue durée;
  • L’âge et la disponibilité des infrastructures et des équipements;
  • La capacité à innover et à étendre les innovations à tout le système de santé (à l’heure actuelle, toutefois, les données sont insuffisantes pour bien mesurer cet élément).

Budget en santé et en services sociaux

Le Québec consacre 43 % de son budget au financement du réseau public de santé et de services sociaux, ce qui est élevé. De plus, les dépenses pour financer le réseau public de santé augmentent plus vite que l’économie du Québec (mesurée avec le produit intérieur brut [PIB]). Le PIB représente la valeur de tous les biens et services finals produits pendant une période donnée. 

De plus, les dépenses en santé et en services sociaux augmentent constamment à cause de l’inflation, de la hausse de la population et de son vieillissement. En effet, entre autres, les personnes âgées consomment en moyenne plus de soins et de services, comme des médicaments et des soins de longue durée, que les autres groupes de la population. Toutefois, la quantité de soins et de services offerts n’a pas suivi ces changements démographiques, ce qui est inquiétant.

Pénurie de main-d’œuvre

En 2022, le Québec comptait 3,1 médecins par 1 000 habitants. Il se situait donc au 15ᵉ rang sur 18 pays. Loin devant se trouvait la Norvège, qui occupait, elle, le premier rang, avec 6,1 médecins par 1 000 habitants. 

 De plus, il y avait 12 infirmières pour 1 000 habitants dans les secteurs public et privé en 2023. Le Québec se classait ainsi au 12ᵉ rang sur 18 pays comparés, derrière la Norvège, qui se trouvait au premier rang, avec 21,9 infirmières pour 1 000 habitants. 

 Notons aussi que la médiane, aussi présentée dans les graphiques précédents, correspond au centre d’une série de données. Par exemple, si la médiane est de 13 infirmières par 1 000 habitants, on peut considérer que 50 % des données recueillies sur les pays à ce sujet se trouvent en dessous de ce nombre et que 50 % se trouvent au-dessus. 

Le nombre de médecins et d’infirmières par 1 000 habitants demeure stable. Toutefois, des données du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale indiquent que ces professionnels seront en déficit jusqu’en 2028 au moins. Malgré cette pénurie, on doit souligner les résultats favorables quant à la rétention du personnel et à l’absentéisme de longue durée en 2023-2024. 

Âge et disponibilité des infrastructures et des équipements

En 2022-2023, le Québec avait 2,3 lits d’hôpital par 1 000 habitants, ce qui le classait au 17ᵉ rang sur 18 pays comparables. Le Québec se situait donc, dans ce domaine, loin derrière le Japon, qui se classait au premier rang, avec 12,6 lits d’hôpital par 1 000 habitants 

 Du côté de l’hébergement de soins de longue durée, le tableau n’est pas plus rose. On comptait 51 lits dans ce secteur par 1 000 habitants de 75 ans et plus en 2023-2024, et ce taux a diminué de 16,2 % de 2019-2020 à 2023-2024. 

Par ailleurs, les infrastructures sont vieillissantes au Québec. En 2025, 39 % des bâtiments du réseau de la santé étaient en mauvais ou en très mauvais état physiquement. Du côté de l’équipement médical, 23 % de celui-ci a dépassé sa durée de vie en 2024.

Capacité à innover

Le CSBE n’a pas pu brosser un portrait précis de cet aspect du système en raison d’un manque de données fiables et comparables. Pourtant, la capacité à innover est importante, car elle peut propulser l’organisation des services de santé, l’expérience des personnes et autres. Nous avons tout de même fait certaines observations. Par exemple, les médecins dans les cliniques de première ligne semblent mieux intégrer l’intelligence artificielle que les pays comparables. Ils l’utilisent pour, notamment, mieux orienter les personnes usagères et aider les professionnels à prendre des notes cliniques.  D’un autre côté, les cliniques utilisent peu d’outils numériques pour communiquer avec les personnes usagères (ex. : courriel) ou pour la prise de rendez-vous. De plus, les professionnels de la santé partagent peu d’informations cliniques en format numérique entre eux, comme des résultats de tests diagnostiques et de laboratoire ou des références de spécialistes.

 

Utilise-t-on les ressources dont on dispose de façon optimale?


Pour des dépenses de santé par habitant semblables, les résultats de santé obtenus sont équivalents ou supérieurs aux pays comparables. Cependant, le système dispose de moins de médecins, d’infirmières et de lits de courte durée par habitant et il génère moins de services de prévention. Pour ces derniers aspects, l’efficience correspondante est inférieure à celle attendue.


Ainsi, des améliorations sont possibles pour rendre le système de santé et de services sociaux plus efficient. On peut utiliser les ressources humaines et matérielles, puis produire des services de prévention de façon plus optimale. 

 

Portrait complet de l’état du système de santé

Bref, il est vrai que le gouvernement du Québec consacre une part élevée de son budget à la santé. De plus, les dépenses en santé continueront à augmenter dans les prochaines années en raison du vieillissement de la population. 


Toutefois, ce ne sont pas les seuls facteurs qui nuisent à la capacité du système de santé à répondre aux besoins de la population dans le temps. On peut aussi nommer la pénurie de main-d’œuvre ainsi que l’âge et la disponibilité des infrastructures et des équipements médicaux. Enfin, des solutions existent pour changer les choses, comme améliorer l’efficience du système. 


La plateforme Grands repères du CSBE vous présente un portrait plus complet des soins et des services sociaux au Québec, comme des informations sur la vaccination des enfants et des personnes ainées. Cette plateforme offre l’information nécessaire pour évaluer la capacité du système de santé à produire des résultats qui comptent pour la population. 

 

 

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